Mémoires d'enfance

Témoignages recueillis à la Marpa de Moyon fin 2013

Avec Aimable Douchin, Suzanne Fontaine, Denise Leplumet, Thérèse Leprovost, Georgette Fontaine, Marie-Claire Girault, Jeanine Baudouin et Rémi Droullin.

L'école

Comment vous alliez à l'école quand vous étiez petits ?

Denise Leplumet : A pied. Je n'avais pas tellement loin, j'habitais La métairie, à Moyon.

Aimable : j'allais à St Martin de Bonfossé, il y avait une école garçons et une école filles, il y avait 2,5 km pour y aller. La dernière année, j'y allais en vélo. Suzanne Fontaine:j'allais au Mesnil-Opac, je n'avais pas loin. On était ensemble, garcons et filles, chacun d'un côté.

Jeanine Baudoin : Moi j'étais à St-Lô. Je suis née à St-Lô en 1933 et j'habitais St-Lô, que je n'ai jamais quitté. Je n'avais pas loin, j'allais à l'école Jules Ferry.

Rémi Droullin : j'allais à l'école à Maupertuis, à pied

Mme Leprovost : j'allais à l'école à Marigny, à pied, il y avait au moins 3km, le matin et le soir.

Marie-Claire Girault : Je suis née à Beaucoudray, j'allais à l'école là bas, on avait 1,5km à pied et on revenait manger le midi. Ca faisait 6km par jour. Je suis allée à l'école jusqu'à14 ans, tout à Beaucoudray. Après j'ai fait l'école ménagère à Tessy, ça faisait 8km, à vélo.

Jeanine Baudoin : je suis allée à l'école jusqu'à 14 ans.

Rémi Droullin : je suis allé à l'école jusqu'à 12 ans et après j'ai travaillé à la ferme.

Suzanne Fontaine : je suis allée à l'école jusque 12 ans et demi après mon certificat d'études. Après j'allais à ma journée, ma maman m'avait appris à coudre donc j'allais chez les uns et les autres faire du raccomodage, comme je continue encore ! Quand on s'est mariés, on est parti pour Paris pendant 2 ans, ensuite on a été 4 ans dans les Yvelines et puis on est revenus après en Normandie traire les vaches.

Aimable Douchin : moi jusqu'à 12 ans et demi.

Georgette Fontaine : nous il n'y avait que des filles, c'était dans l'ancienne école, à Moyon. Même à la récréation il n'y avait pas de garçon, c'était sérieux ! Pour aller à l'école, on mettait des blouses et des sabots. Suzanne Fontaine : pendant la guerre, j'ai travaillé à teindre des draps pour faire des blouses Qu'est ce qu'il y avait comme matières à l'école ? Suzanne Fontaine : on commençait le matin par l'instruction civique. Aimable Douchin : on nous apprenait à voter.

Mme Baudouin : ça s'appelait la morale.

S.Fontaine : ils nous apprenaient à être polis. Au Mesnil Opac, on n'avait qu'une classe, les garçons d'un côté, les filles de l'autre.

Mme Baudouin : nous on était mélangés, même en maternelle. C'était en ville.

S.Fontaine : c'était en ville et c'était plus tard, vous avez 10 ans de moins que nous ! C'étaient quoi les jeux à la récréation ? S.Fontaine : à la corde Mme Baudouin : à la balle, on se courait les uns après les autres, on jouait à cache-cache.

Rémi Droullin : on jouait à l'auto.

S.Fontaine : l'auto, c'était deux garçons accrochés l'un à l'autre. On ne jouait pas dans la même cour mais on les voyait.

Gerogette Fontaine : nous on ne les voyait pas, c'était trop loin ! On jouait à la balle, à la marelle.

Aimable : on jouait à cache-cache.

Suzanne Fontaine : il y avait des manteaux sous le préau, on se cachait dessous.

Les vacances, Noel

Partiez-vous en vacances ?

Denise, Jeanine, Suzanne : non

MC : J'étais allée un mois en vacances chez ma marraine, qui habitait à St Denis le Gast

Aimable : en 1940 je suis parti à la guerre.

 

Les moyens de locomotion :

Suzanne : il y en a qui avaient un vélo. Sinon c'était une voiture à cheval, une carriole. Il y en avait qui n'avaient pas de bâche, alors il fallait couvrir avec le parapluie.Beaucoup avaient des chevaux, mais moi mes parents n'en ont jamais eu, on n'avait aucun moyen de locomotion. On faisait tout à pied, on n' a jamais eu de vélo.

Georgette : c'est à 20 ans que j'ai eu un vélo.

 

Pour laver le linge

Denise : c'était tout à la main. On allait au lavoir.

MC : Les draps n'étaient lavés qu'une ou deux fois par an.

 

Noël :

Suzanne : ce n'était pas une grande fête, on allait à la messe et la nuit de Noël, on avait eu une orange, un sabot en chocolat avec le petit Jésus en sucre. C'est tout ce qu'on avait.

Denise : il y en a qui avaient des sucres d'orge.

Aimable : j'avais eu un Meccano.J'étais le petit dernier de la famille.

Thérèse : un Meccano, déjà ? Oh vous aviez de la chance.

MC : Mon mari Jean avait eu un avion, que sa marraine lui avait donné.

Jeanine : les Meccano, ça existe toujours. Moi j'avais une orange et un chocolat

Suzanne : le repas, c'était comme le dimanche et il n'y avait pas de sapin.

 

Georgette : on cirait nos sabots avec de la tuile qu'on mettait sur le feu et avec une brosse on cirait.

Fêtes de village, aide aux parents, téléphone

Les fêtes de village :

Denise Leplumet : c'était tout simple, les fêtes de village.

Georgette Fontaine : il y avait les chevaux de bois, les manèges. Il n'y avait pas d'auto-tamponneuse.

Marie-Claire Girault : A Tessy il y avait eu la fête de la terre. Ca représentait tous les métiers.

S.Fontaine : il n'y avait pas de bal. Il y avait la messe et puis quelques distractions l'après-midi.

MC Girault : il y avait la course en sac aussi.

Georgette Fontaine : les bals, ça a commencé avant la guerre.

MC Girault : A la Madeleine, il y avait la fête des ouvriers. Ils mangeaient tout ce qu'ils avaient gagné dans l'année.

Mme Baudouin : les hommes venaient pour se faire louer pour travailler dans les fermes et après ils passaient la journée à la Madeleine, il y avait des manèges, c'était une vraie fête.

MC Girault : j'y allais avec mes frères et sœurs, j'en avais 10.

Jeanine : on était 5

Rémi Droullin:5

Suzanne Fontaine : on était 4 : 2 garçons et 2 filles

Aimable : on était 3 : 2 garçons et 1 fille

Mme Leprovost : 6

G.Fontaine : on était 5

Denise Leplumet : on était 6 : 3 gars et 3 filles. Nos grands parents on ne les a pas beaucoup connus car ils étaient loin et on n'avait pas de moyens de locomotion.

 

Vous deviez aider vos parents ?

D.Leplumet : on faisait ce qu'on pouvait. Ils étaient dans l'agriculture. Comme la mère travaillait dehors, nous on faisait le ménage, la vaisselle, laver l'écremeuse.

Aimable : il y avait déjà mon frère et ma sœur qui étaient plus grands que moi : il faut dire qu'étant petit, j'étais gâté.

S.Fonaine : il le reconnaît ! Nous on allait soigner les lapins, on ne trayait pas les vaches quand on était petits.

Aimable : j'allais faire les commissions.A St Martin de Bonfossé, il y avait 3 épiceries.

S.Fontaine : il n'y avait pas de grands magasins comme il y a maintenant et il n'y avait pas de moyens de communication. Il n'y avait pas de voiture. Il n'y avait pas de téléphone.

MC Girault : il y en avait un seul dans la commune à Beaucoudray

S.Fontaine : nous c'était à l'épicerie, dans une cabine, il fallait payer.

 

 

Suite Noel,télé, voiture, guerre, exode

A quel âge vous avez eu une télé ?

Jeanine : bien après la guerre.

Suzanne : l'instituteur de mon fils m'avait dit : si vous n'êtes pas là pour contrôler, il ne vaut mieux pas qu'il y en ait car votre fils, il regardera plutôt la télé que de faire ses devoirs pendant que vous trairez les vaches. Donc on a eu une télé que quand il est parti au collège à Villedieu. Et le téléphone encore après.

 

Quel âge vous aviez quand la guerre a été déclarée ?

Denise : j'étais jeune, j'avais 11 ans. On était assez froussards, on avait peur.

Georgette : les Allemands, on les a eux pendant 4 ans.

MC : Moi mon père faisait partie de la défense passive.

Jeanine : on était à 5 dans les chambres du Bon Sauveur et c'était affreux car il y avait des fous. Moi j'avais perdu tous mes cheveux, car mes parents ont tout perdu. On a rien retrouvé.

Rémi : je me rappelle qu'un avion avait tué une jeune fille, Daireaux

 

Vous avez du partir pendant la guerre ?

Suzanne : oui, au débarquement. Les allemands nous ont forcés à partit, heureusement car nous, au Mesnil-Opac, tout le bourg a été détruit, l'Eglise, les écoles, les cafés. Ca a été pris, repris par les Allemands et repris par les Américains. Notre maison n'a pas été trop abimée, il n'y a que la cheminée qui a été détruite. On est partis à la Colombe, on était 56 réfugiés chez M.Cahours à la Colombe et c'est le fils qui a été tué par un obus américain.

Georgette : moi je suis partie à Montbray, j'avais un oncle qui y habitait.

Denise : moi à St Denis le Gast

 

Jeanine : moi je suis partie à Mortain avec une brouette. On couchait dans les fermes.

Suite exode, cinéma, supermarché, événements

Alliez-vous au cinéma ?

MC : oui je suis allée au cinéma, après la guerre, à Tessy.

Denise, Georgette, Suzanne : non, jamais.

Aimable : oui j'y étais allé à St-Lô, avec mon vélo, avant la guerre. Il y avait 11km de St Martin à St-Lô, ça n'était pas infaisable. J'avais vu le 1er film en couleur à St-Lô au Majestic. Je me suis rappelé longtemps du film, le titre c'était La baie du destin. Je n'avais pas l'habitude d'aller au cinéma, je n'avais rien compris !

 

Les courses : pour faire vos courses, c'était dans le village ?

Suzanne : eh oui ! On avait 2 commerces au Mesnil-Opac, ce n'était pas grand.

Jeanine : j'habitais près du supermarché, Carrefour. Il ne s'appelait pas comme ça à l'époque. C'était après la guerre. Je me rappelle de la 1ère fois car on habitait juste à côté et on était envahis de voitures. Les gens étaient curieux, voulaient voir. C'était une furie.

MC : c'était il y a longtemps. J'y allais en voiture.

 

Y a t-il eu des événements exceptionnels dans votre enfance ?

MC : Les fusillés à Beaucoudray. Il y en avait 11. Mon père a été 15 jours en surveillance par les Allemands car ils disaient qu'il en faisait partie.

Jeanine : il y avait la prison à St-Lô. Tous les prisonniers sont morts.

Suzanne : c'est le débarquement, la résistance. Il y en avait qui étaient pour les Allemands, d'autres contre. Les Américains ont tellement bombardé St-Lô que les gens en étaient malades. On était heureux d'être libérés des Allemands, mais contrariés qu'il y ait eu tant de morts au débarquement.

Jeanine : mes parents ont eu un trou de bombe, ils n'ont rien retrouvé.

 

 

Communion, messe

Les messes

Denise : il y avait la messe le matin et la messe de vêpres l'après-midi.

MC : il y avait un examen pour faire sa communion. Il fallait répondre à des questions.

Jeanine : moi je devais faire ma communion mais il il y a eu le bombardement.

Suzanne : pour faire sa communion, il fallait aller à la messe et après aussi. Pour la confirmation, c'était pareil.

Thérèse : quand on allait en vacances, il fallait que le prêtre signe le carnet disant qu'on avait bien été à la messe.

Suzanne : comme cadeaux, un livre de messe, un bénitier, une montre

Jeanine : un chapelet

Aimable : une image

 

Jeanine : un Christ

Regard sur la vie actuelle

La vie de maintenant.

Georgette : ça a bien changé. C'est plus moderne mais ce n'est pas mieux.

Suzanne : moi je trouve qu'on est moins malheureux que dans le temps.

Georgette : les femmes de cultivateurs sont moins malheureuses que dans le temps.

Jeanine : c'est mieux.

 

MC : mais il y a beaucoup de gens qui n'ont rien à manger, ce qui n'était pas le cas avant parce qu'ils avaient leurs volailles, leur jardin. Maintenant il y en a beaucoup qui vont au restaurant du coeur